Interview de Alban Peleszko, Chief Digital Officier chez VINCI Construction France

Interview de Alban Peleszko, Chief Digital Officier chez VINCI Construction France

La ville intelligente n’est pas qu’une ville connectée, c’est une ville qui saura accueillir les nouveaux business model économiques émergeants.

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Alban PELESZKO - ‎Chief Digital Officer at VINCI Construction
Alban PELESZKO – ‎Chief Digital Officer at VINCI Construction

Société : VINCI Construction France
Nom : Alban Peleszko
Fonction : 
Chief Digital Officer

 

 

Le 6 juin prochain se tiendra à Paris l’IOT Business Forum. Cette journée est l’occasion unique de réunir les décideurs de l’Industrie 4.0. Alban Peleszko, Chief Digital Officier chez VINCI Construction France participera à la table ronde sur le thème « Smart Cities : fantasmes VS réalités, où en sommes-nous? « . Web des Objets a rencontré Alban pour échanger sur le développement de la ville du futur.

 

1. Quelle est votre définition de la ville intelligente ?

Alban Peleszko : La ville intelligente est une ville qui utilise les avancées technologiques ou les technologies existantes pour accompagner, aider, conseiller, ses habitants en fluidifiant la circulation d’information pour améliorer la qualité de vie.
La ville intelligente est une ville qui fonctionne, elle doit savoir anticiper et s’adapter sans impact négatif pour le territoire. La ville intelligente n’est pas qu’une ville connectée, c’est une ville qui saura accueillir les nouveaux business model économiques émergeants concernant la sécurité, la mobilité, la consommation, les loisirs, la santé et le travail. Elle sera intelligente dans sa capacité à adresser le bon service, au bon moment, et à la bonne personne. Pour garantir ce nouveau cadre de vie, l’interopérabilité de tous les capteurs est nécessaire ainsi que l’utilisation intuitive de toutes nouvelles fonctionnalités en découlant. Les intérêts de ces nouvelles fonctionnalités devront servir l’optimisation des ressources et le bien-être des citoyens pour pérenniser la démarche.
Ces avancées technologiques, pour qu’elles soient socialement acceptées nécessitent d’intégrer et d’anticiper les nouveaux usages.
Nous visons la circulation d’information au sens large c’est à dire qu’un capteur de température puisse communiquer avec le système de chauffage, qu’une caméra détecte l’arrivée d’un vélo à une intersection et avertisse le véhicule arrivant à cette même intersection.
Nous devons penser la ville comme un flux en perpétuel mouvement et continuellement connecté avec ses habitants.

2. Où en est-on aujourd’hui dans le développement des smart cities en France ? Comment se situe la France par rapport aux autres pays ?

Alban Peleszko : Le développement en France est en cours de façon progressive mais n’embrasse pas l’ensemble des champs d’action possibles. Le transport est le principal sujet qui intéresse les pouvoirs publics. Néanmoins les ruptures à venir sur la voiture autonome partagée, qui vont permettre de remplacer les espaces actuellement dédiés au stationnement et réduire la dimension des routes, ne sont pas anticipées.
Les villes se reconstruisent sur elles-mêmes et se densifient tout en devant être résilientes et relever des défis majeurs tels que la réduction des inégalités, l’accès au logement, l’obsolescence des réseaux de transport, le choc climatique…

3. Tout ce qui nous entoure dans une ville sera connecté. Quelles sont vos principales solutions d’interopérabilité entre les différents éléments qui constituent la ville de demain (bâtiments intelligents, routes connectées, véhicules autonomes, réseaux électriques) ? Etes-vous force de proposition pour définir les standards technologiques (protocole, langage, infrastructure..) de la ville de demain ?

Etre un bâtisseur responsable implique d’avoir un regard à l’échelle du quartier, de la ville ou de l’environnement alentour pour définir les échanges possibles et inciter les acteurs à mettre en œuvre les standards.
L’augmentation des projets de recherche et développement co-développés avec des partenaires nous pousse à nous questionner continuellement sur les technologies les plus stables et les plus ouvertes afin de garantir l’évolutivité de nos solutions et leur pertinence sur le long terme.
Nous étudions, par exemple, la possibilité d’équiper les chantiers de VINCI Construction de France de bornes LORA ce qui nous permettrait notamment d’avoir un réseau « low energie » pour nos objets connectés.

Pour l’efficience énergétique, qui figure parmi nos préoccupations, le numérique est un outil formidable pour prévoir et concevoir les nouveaux modes d’alimentation de demain. Le remplacement actuel des compteurs d’électricités traditionnels par des compteurs intelligents nous permettront d’accueillir dans nos projets différents usages comme l’autoconsommation, l’intégration intelligentes des énergies renouvelables, etc.

4. Quels sont, selon vous, les freins au développement des smart cities ?

Le principal frein a longtemps été un frein lié au coût et au manque de prise en compte des gains environnementaux et sociétaux rendus possibles par la data analyse. J’ai l’impression que ce frein est en train de tomber.
Il existe également les freins liés à la multiplicité des acteurs et à l’interopérabilité entre les différents systèmes. Aujourd’hui, il est parfois difficile d’arriver à un consensus entre les acteurs.
Restera l’usager principal qui reste l’habitant, il est nécessaire de prendre en compte les craintes liées au tout-numérique et à l’utilisation des données. Dans ce cas précis, c’est à nous d’être d’une grande transparence en communiquant sur les intérêts des technologies mises en place et leurs utilisations : développement durable, sécurité, confort, etc.
Le risque serait de voir le numérique comme une finalité en soi, il doit rester un outil pour optimiser et faciliter le quotidien de chacun.

5. Quel est votre rôle auprès des décideurs publics pour construire la ville de demain ?

Notre rôle est de mettre au service de nos clients notre excellence opérationnelle afin de donner vie à tous leurs projets, que ce soit dans les métiers du bâtiment, du génie-civil, de l’hydraulique, des métiers de spécialités ou du développement immobilier.

S’agissant des décideurs publics, nous devons leur offrir des outils d’aide à la décision pour gérer au mieux leur territoire et donc la ville de demain. Le numérique nous accompagne sur les trois phases qui garantissent qu’un quartier va fonctionner à savoir un état des lieux fiable, des moyens pour concevoir de manière plus collaborative nos projets grâce à la maquette numérique et enfin une garantie sur l’exploitation des bâtis due aux données récoltées tout au long de la vie de l’ouvrage.
Leader français du BTP, VINCI Construction France rassemble ses savoir-faire et ses expertises dans une offre globale, Blue Fabric, pour bâtir de manière responsable et répondre aux 4 enjeux de la ville durable : contribuer à la compétitivité collective, favoriser la créativité en matière d’aménagement, concourir à la convivialité du cadre de vie et s’inscrire dans le consensus.
Durant la phase travaux, nous veillons à réduire les nuisances en optimisant nos transports et nos flux logistiques. Nous réduisons aussi la consommation des matériaux en privilégiant la réutilisation des déchets comme source de matériaux. Le numérique permet également de faire émerger de nouveau concept comme l’hybridation des lieux : cela facilite la cohabitation de plusieurs activités dans un même espace, cela dynamise le projet et cela permet de faire émerger de nouveaux revenus pour financer par exemple des travaux trop coûteux. Le but de toutes ces démarches étant de pouvoir aider les collectivités sur les problématiques urbaines, économiques et sociales au niveau du quartier ou au niveau de la ville.
Nous nous appuyons également sur les travaux de La Fabrique de la Cité (think tank créé à l’initiative du Groupe VINCI) dont la vocation est d’alimenter les réflexions sur l’innovation urbaine et de valoriser les initiatives pionnières, en suscitant l’échange entre les différentes parties prenantes.

6. Dans une projection de la ville du futur, quelle cohabitation entre l’humain et l’intelligence artificielle ? Qui orchestrera la ville du futur ?

Je crois que l’hybridation est la seule voie possible, il faut que chaque personne reste « maître » de ses décisions en ayant avec elle un système captable de gérer les interactions.
En conclusion, la ville de demain sera conçue par et pour ses habitants, l’intelligence artificielle liée à l’intelligence collective devra permettre une meilleure prise en compte des besoins et usages des habitants pour augmenter la durée de vie et l’efficience de nos ouvrages.

Merci à Alban Peleszko pour cette interview.

 

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