Interview de Timothée Boitouzet, fondateur et CEO de Woodoo

Interview de Timothée Boitouzet, fondateur et CEO de Woodoo

Rencontre avec le créateur du bois augmenté Woodoo

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Société : Woodoo
Nom : Timothée Boitouzet
Fonction : Fondateur & CEO

 

 

Timothée Boitouzet, architecte de formation et fondateur en 2015 de la start-up Woodoo, a inventé un procédé d’augmentation du bois qui ouvre des perspectives inédites pour construire des bâtiments naturels et éco-responsables. Mis au point à Harvard et breveté en France, ce bois révolutionnaire, transformé grâce à la chimie, a toutes les qualités pour jouer un rôle important dans la Smart City green du futur. Rencontre avec un jeune trentenaire, primé à de nombreuses reprises et élu innovateur français de l’année en 2016 par le prestigieux MIT.

Décrivez nous le bois augmenté que vous avez mis au point ?

Timothée Boitouzet : Le bois augmenté dépasse les limites du bois normal : il est 3 fois plus solide, il est résistant au feu, il est imputrescible et il a un aspect esthétique nouveau, il est translucide. C’est un matériau à très faible empreinte carbonne, disponible en abondance dans la nature. Ce qui veut dire qu’il est possible d’en produire en grande quantité sans abîmer la planète. Toutes ces qualités en font un candidat idéal pour construire la Smart City green de demain.

Comment ce bois est-il transformé ?

Le processus en lui-même est simple. Ce qui veut dire qu’il ne nécessite pas une industrialisation complexe ni des coûts de production importants. Nous avons adopté une approche de reconstruction moléculaire. Nous extrayons la lignine, c’est en quelque sorte le ciment du bois. Et nous la remplaçons par un polymère végétal qui s’incruste dans la microporosité du bois. Cette polymérisation durcit la structure du bois tout en lui donnant des qualités qu’il ne possède pas naturellement. Nous renforçons les liaisons atomiques entre les fibres. L’aspect translucide est obtenu en injectant de la cellulose. C’est un matériau cristallin qui laisse passer la lumière.

A quoi ressemblerait une Smart City en bois ?

Le bois ne va pas tout remplacer. Le bois augmenté permet aujourd’hui de construire en hauteur et même de faire des gratte-ciels. Ses performances mécaniques sont exceptionnelles. Il est compatible avec tous les types de constructions que l’on connait. On peut l’utiliser pour faire un stade comme pour faire une barre d’immeubles. Il y aura donc dans l’avenir beaucoup plus de bâtiments en bois. D’ici 2030, ce sont plus de 6 miilliards de personnes qui vivront dans les villes. C’est considérable. La smart city éco-responsable est véritablement un enjeu de société. Et le bois augmenté participera à son avènement.

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Ce bois augmenté pourrait servir également à construire des fermes urbaines à plus grande échelle ?

Le bois augmenté trouve naturellement sa place dans les cultures faites en ville, qui vont se généraliser dans l’avenir. Il y a beaucoup d’agriculteurs urbains qui sont à la recherche de nouveaux matériaux éco-responsables. C’est d’ailleurs tout à fait logique. On ne peut pas d’un côté vouloir faire du circuit-court pour préserver la nature et de l’autre se servir de matériaux polluants qui viennent souvent de loin pour bâtir des structures. Nous vivons dans une époque que l’on pourrait qualifier de « futur primitif ». On invente le futur en revenant vers des modes de gestion de la ville et des modes d’interactions sociales qui existaient par le passé. En l’occurrence, le bois est le matériau de construction le plus ancien de l’histoire de l’humanité. Quand homo sapiens sapiens est sorti des grottes, il s’est d’abord servi du bois pour construire des abris. C’est un matériau ancestral, utilisé depuis toujours, vers lequel il est possible auourd’hui de revenir grâce à la chimie.

Comment est-ce que l’IoT et la robotique trouveront leur place dans des immeubles en bois ?

Nous allons améliorer la chimie du bois augmenté pour ensuite pouvoir y intégrer facilement des fonctionnalités liées à internet, à l’intelligence artificielle et aux machines. C’est une perpective à plus long terme. Mais il est évident que les constructions éco-responsables ne feront pas l’impasse sur la technologie, elles fonctionneront main dans la main avec elle. La quatrième révolution industrielle dont on parle tant n’est pas un fantasme. Le mouvement que l’on observe actuellement fusionne les technologies biologiques, les sphères digitales et l’industrie pour créer la ville de demain. A terme, ce sont des matériaux bioniques que les futurs achitectes utiliseront. Ces matériaux seront capables de s’adapter à leur environnement et seront optimisés par l’intelligence artificielle. Les batiments du futur ne seront pas seulement écologiques, ils seront également technolgiquement très développés.

Quand est-ce que les premiers bâtiments en bois augmenté verront le jour ?

Notre innovation a généré beaucoup d’intérêt auprès des promoteurs, des architectes, des urbanistes et des pouvoirs publics. Mais les premières constructions ne vont pas arriver tout de suite, pas avant plusieurs années. Nous travaillons dans un horizon de cinq ans minimum, mais cela risque d’être encore plus long. La conformation aux normes prend du temps. Nous faisons appel à des laboratoires de contrôle afin que le bois augmenté puisse être accrédité pour être utilisé par les architectes. Une fois ces tests passés, il faudra encore que nous nous équipions d’une unité de production. Nous pourrons alors commencer la production et démarrer les premiers chantiers.

Merci à Timothée Boitouzet de Woodoo pour cette interview.

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