Interview de Stéphane Allaire, Président d’Objenious

Interview de Stéphane Allaire, Président d’Objenious

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Stéphane Allaire, Président d’Objenious

Société : Objenious
Nom : Stéphane Allaire
Fonction : Président

 

Objenious accompagne les entreprises à franchir les étapes de la révolution de l’Internet des Objets. Filiale de Bouygues dédiée à l’IoT, Objenious propose un réseau basé sur la technologie LoRa et une plateforme destinée aux professionnels pour gérer un parc d’objets connectés en simultané et maîtriser toute la chaîne de valeurs.

Nous avons rencontré Stéphane Allaire, Président d’Objenious, pour en savoir plus sur les prestations proposées par cette entité et partager avec lui sa vision du futur de l’IoT.

 

 

 

 

Pouvez-vous nous présenter l’activité d’Objenious au sein du groupe Bouygues ?

Le groupe Bouygues et Bouygues Telecom en particulier ont constaté très rapidement que l’Internet des Objets était une vraie révolution.

« L’Internet des hommes a fait grandir de grandes sociétés comme Google, Facebook et autres. L’IoT est en passe de suivre la même évolution. »

Le Groupe Bouygues et Bouygues Telecom ont donc décidé de créer une filiale dédiée à l’IoT. Et comme on ne vend pas des solutions IoT comme on vend un téléphone, nous avons créé une société à part entière en lui donnant les moyens d’une startup et l’agilité d’une startup ! Martin Bouygues et Olivier Roussat m’ont donc nommé Président de cette entité, baptisée Objenious. Nous avons la chance de travailler en toute autonomie tout en suivant le business plan défini par le groupe.

objenious-logo

 

Pouvez-vous nous détailler l’offre SPOT d’Objenious et nous expliquer ses deux services clés (Data Access et Data Vision) ?

Nous nous sommes rendus compte que dans la vie de l’Internet des objets, il y a différents niveaux.

Le premier niveau, c’est le device, l’objet connecté lui-même. Sur ce point, nous travaillons avec des partenaires pour trouver les devices répondant à des besoins spécifiques. Comme par exemple, prendre la température dans une maison, mesurer la pression dans des pneus ou vérifier le taux de remplissage d’une citerne…

Le second niveau correspond au réseau. Aujourd’hui, nous investissons majoritairement dans le déploiement du réseau. Notre enjeu sur 2016 est de couvrir le territoire français en déployant plus de 4 000 antennes.

Nous avons une plateforme pour gérer un parc d’objets connectés baptisée Data Access. Cette plateforme permet de contrôler la connectivité des objets, de vérifier leur position, leur activation et leur niveau de batterie.

Une fois que les objets commencent à communiquer sur notre réseau, ils vont générer de la Data. Le service Data Vision permet, quant à lui, de visualiser ces données. Concrètement, une fois que notre client a mis en place son parc d’objets, la solution Objenious lui permet de suivre les données récoltées par ces objets et les analyser via des tableaux de bord personnalisables.

 

Quelles applications métiers proposez-vous ?

Nous avons différentes verticales pour répondre à des problématiques métiers :

  • Nous faisons du Smart Farming (données agricoles, températures d’un champ, pluviométrie…) avec l’Eure-et-Loire par exemple.
  • Nous travaillons également sur les relevés de températures, de compteurs d’eau et d’électricité…
  • Nous avons également des données de géolocalisation pour retrouver un objet spécifique.
  • Nous travaillons également dans le domaine de l’énergie notamment avec Energisme (gagnant VivaTech).

Nous avons mis au point des tableaux de bord dédiés et des outils de recommandations destinés à nos clients pour les aider à réaliser des économies. Afin d’apporter une expertise métier, nous nous appuyons sur le savoir-faire de start-ups, car il est difficile de maîtriser tous les domaines. Cette approche par vertical et spécialisation nous permet d’apporter des réponses concrètes et adaptées à chaque profession.

Nous avons un parc de partenaires qui nous apporte de la prédiction à partir des données récoltées. C’est ce qu’on appelle l’intelligence métier. Une fois la données récoltée, comment l’exploiter pour créer de la valeur ? Voici un exemple concret :
La mairie d’Issy les Moulineaux souhaite analyser le taux de remplissage des poubelles de la ville pour adapter le parcours des camions. A l’aide d’un tableau de bord, l’équipe dédiée va suivre cette donnée et ainsi mettre en place l’organisation optimale pour réaliser des économies.

 

Comment fonctionnent les partenariats avec les start-ups ?

Notre partenariat est basé sur des valeurs win-win.

« La mission d’Objenious est de proposer pour chaque projet l’offre la plus adaptée avec la mise à disposition des meilleurs partenaires et briques technologiques. »

Nous collaborons avec des start-ups qui conçoivent des devices spécialisés et innovants mais qui toutes seules ne pourraient pas contracter avec des grands groupes.
Parfois ce sont les startups qui identifient une nouvelle opportunité. Elles nous contactent car elles ont besoin de notre soutien. Avec Objenious et Bouygues, nous apportons de la réassurance au niveau des grands comptes.

 

Selon vous, quelles sont les activités les plus porteuses dans le domaine de l’internet des objets ?

C’est une bonne question. Très clairement, je pense que  toutes les activités de tous les business vont être remises en cause. Je ne vois aucun secteur d’activité qui va être à l’abri.

« Les sociétés commencent par connecter leurs équipements pour économiser et optimiser leur ROI. Puis très rapidement, elles se rendent compte qu’une fois que les objets de leurs clients sont connectés, elles obtiennent une relation digitale avec leurs clients qu’elles n’avaient pas avant. »

Par exemple, un fabricant de chaudière ne va plus vendre simplement le meilleur produit. Il sera en mesure de contacter son client tous les mois pour lui fournir des informations sur sa consommation d’énergie, son rendement et lui donner des recommandations pour réaliser des économies.
Peut-être que demain les fabricants de congélateurs vont être capables de faire des économies et même du Smartgrid.
Autre exemple, nous travaillons avec une société qui s’appelle Vapé Rail, qui faisait des écrous pour les éclisses de rail. Aujourd’hui, on a le premier exemple de l’éclisse de rail connecté. Maintenant Vapé Rail ne vend plus simplement des écrous, mais des écrous qui envoient un message pour alerter lorsqu’ils ne sont pas assez serrés.

« L’Internet des Objets change le business model, l’approche métier, la conception produit / service et la relation client. On ne vend plus simplement des objets, on vend du service. Beaucoup d’économistes disent que demain, les entreprises, tous secteurs confondus, auront une orientation servicielle. Le service devient une caractéristique intrinsèque du produit. Cette approche est amenée à transformer les métiers. » 

Le capteur Colas connecté avec Objenious
Le capteur Colas connecté avec Objenious

Voici quelques exemples pour illustrer mes propos. Une entreprise qui vend des machines très consommatrices d’huile doit faire appel à une personne pour vérifier régulièrement les niveaux pour assurer un bon fonctionnement. Nous avons mis au point un capteur pour mesurer le niveau d’huile. Pour obtenir un meilleur suivi, nous avons également développé des capteurs pour déterminer la viscosité de l’huile et détecter la présence de limaille de fer dans l’huile. De ce fait, l’entreprise se rend compte de l’usure de la machine et est capable d’intervenir avant une pane. Ces différents capteurs permettent de procéder à une maintenance prédictive.

Nous avons développé avec Colas, le capteur pour le parking. Le tracker dispose d’une autonomie d’une durée de cinq ans et s’insère directement dans le bitume. L’appareil est entièrement sans fil et détecte la présence d’une voiture garée via un champ magnétique. Grâce à cet objet, les place de parking sont maintenant connectées. Cette solution permet de fluidifier le trafic et indique les places disponibles afin d’éviter des embouteillages.

 

Quelles sont les prochaines étapes de développement de la plateforme Objenious ?

Aujourd’hui, les objets remontent de l’information mais ne sont pas capables de prendre des décisions. Demain, les objets prendront des décisions entre eux et en toute autonomie. Par exemple, à la manière de IFTTT (If This Then That), une station météo pourra communiquer avec la chaudière lorsqu’il fait trop froid et les volets roulants lorsqu’il y a des intempéries pour protéger les fenêtres… À partir de scénarii programmés, les objets prendront des décisions éclairées basées sur des informations statistiques.

 

Donc, l’évolution d’Objenious, c’est peut-être d’être l’IFTTT des professionnels ?

Certainement ! En tout cas, nous avons un « enabler » de l’IoT. On ne sera peut-être pas la pépite de l’énergie ou de la logistique, mais on va apporter tous les « enabler » pour que les professionnels de l’IoT puissent se développer. Nous apportons le réseau et la plateforme de gestion des objets connectées. Et on apportera tous les outils comme IFTTT pour permettre à ces industriels, à ces startups, à tous ces entreprises de se développer.

 

Comment votre solution est-elle accueillie par les développeurs et comment se matérialise-t-elle ?

Les développeurs sont très demandeurs. Nous proposons un kit de développement complet et avons créé ce qu’on appelle un objet générique basé sur Arduino. Nous offrons un an d’abonnement sur le réseau français d’Objenious avec cette plateforme Arduino incluant les interfaces USB. Les développeurs sont libres et disposent des outils pour avancer sur leurs projets techniques.

De plus, ils n’ont même pas d’obligation de travailler avec nous demain. S’ils désirent collaborer avec Orange sur le réseau LoRa, ils pourront le faire sans problème.

« Nous nous positionnons comme des facilitateurs. L’open innovation offre beaucoup de flexibilité et d’agilité ce qui correspond parfaitement à la prestation d’Objenious. »

Les personnes avec lesquelles nous collaborons apprécient cette approche et ont une bonne expérience avec notre service. En travaillant avec un grand nombre de sociétés, nous créons le réflexe. Les équipes prennent l’habitude d’utiliser notre plateforme, nos objets, notre réseau. Elles vont pouvoir tester la qualité de notre prestation. Notre relation se construit sur des bases solides et pérennes.

 

D’ici la fin de l’année, le déploiement de LoRa sera-t-il en mesure de couvrir la totalité du territoire français ? Quel est le coût engagé pour déployer votre solution ?

Oui, nous allons atteindre cet objectif. Le coût de déploiement est moins cher qu’un réseau 4G ou 3G, mais c’est plusieurs dizaines de millions d’euros.

couverture Objenious fin 2016

 

Y-a-t-il une mutualisation des réseaux LoRa de Bouygues et Orange ?

Non ! Il n’y a pas de mutualisation. Aujourd’hui, nous sommes en compétition. Chacun met ses moyens pour faire son réseau. Les stat-ups et les clients sont gagnants car nous sommes concurrents en terme de services, de prix et de couverture !

 

Pourquoi avoir choisi Senet pour votre développement aux U.S. ? Pouvez-vous nous en dire plus sur la nature de ce partenariat ainsi que le délai de déploiement ?

Senet est déjà déployé sur la côte Est, sur la côte Ouest et au centre des Etats-Unis. Nous avons conclu un accord avec Senet pour assurer une continuité de nos services IoT aux Etats Unis et vice versa pour Senet. C’est un premier accord, il y en aura d’autres !

Par exemple, si on imagine des valises connectées, elles ne vont pas rester juste en France. Le service doit être conçu au niveau international. Aujourd’hui, c’est aussi ça la force de l’alliance. Nous avons actuellement 17 pays en train de déployer du LoRa dans le monde entier et 40 en train le tester. Et chacun met plusieurs dizaines de millions d’euros pour bien couvrir son pays. Ce qui est extrêmement important. Rien que pour les Etats-Unis, cela représente plus de 200 millions d’euros.

 

Quels sont les prochains territoires internationaux à développer en priorité ?

Pour l’instant, en accord de roaming, nous nous concentrons sur l’Europe car nous avons une demande très importante de la part de nos clients. Nous devons nous adapter au business là où il se trouve. C’est ce qui pousse notre stratégie et qui conditionne le développement de notre réseau et de notre plateforme. Par exemple, suite à une demande, nous nous sommes rendus compte qu’il nous manquait un device pour que nos clients puissent tester nos solutions. Pour répondre à ce besoin, nous avons développé notre propre objet apportant jusqu’à 11 fonctionnalités !
Il est capable de détecter des mouvements, une inclinaison, un choc, de se localiser, de mesurer la température et intègre également un bouton. De quoi découvrir des centaines de cas d’usage !

 

Quels sont vos avantages concurrentiels par rapport à Sigfox ? Le réseau LoRa, en France, est-il comparable à celui de Sigfox en terme de couverture, de puissance et de consommation énergétique ?

Reconnu comme une start-up, Sigfox a un intérêt et un avantage concurrentiel en ayant commencé sur le marché beaucoup plus tôt que nous. Nos technologies respectives sont différentes.

Je pense que nous disposons de moyens pour mieux déployer notre réseaux sur le territoire français, notamment parce que nous avons déjà des antennes. Aujourd’hui nous avons 15 000 antennes Bouygues Telecom. Ce qui nous permet de répondre à des besoins clients particuliers ou si à un moment nous avons une lacune en termes de couverture sur un lieu géographique spécifique.

« Notre principal avantage est, avant tout, la facilité de déploiement du réseaux avec Bouygues Telecom . L’autre avantage est que nous faisons partie de la LoRa Alliance facilitant ainsi le roaming à l’étranger. »

 

Quel est votre positionnement tarifaire en terme de coût par objet ?

Nous sommes entre 1 euro par objet par mois à 1 euro par objet par an sur la partie Data Access. Concernant Data Vision, cela dépend des données à traiter et la complexité des tableaux de bord. Au niveau du prix, deux critères font la différence : le nombre d’objets et la fréquence d’envoi des données par les objets.

 

Au-delà de la couverture, sur le sol français et à l’étranger, quelles sont les prochaines étapes de développement d’Objenious d’un point de vue technologique et serviciel ? 

Nous travaillons actuellement avec la technologie LoRa. Demain il y aura d’autres technologies comme le Wifi, la connexion IP classique, réseau… Nous pensons que notre plateforme IoT de demain pourrait être indépendante du réseau. Nous allons faire évoluer notre plateforme Spot et multiplier les connecteurs. C’est-à-dire que nous serons capables de nous connecter à différentes solutions du marché. Ce qui est déjà le cas!

Concrètement Objenious se positionne sur l’interopérabilité réseau et comme une plateforme IFTTT Métiers.

 

Quelle est votre vision de l’Internet des Objets de demain ?

Plus qu’une vision, je vais vous donner un ressentiment. J’ai eu la chance d’être l’un des pionniers de l’internet en France. C’était en 1997-1998 avec un certain Rafi Haladjian chez FranceNet. A l’époque, nous sommes allés voir des gens, je m’en rappelle, un grand de la distribution française et nous lui avons dit avec Rafi :

« Nous avons vu une boîte à Seattle qui s’appelle Amazon et qui est en train de révolutionner la façon de vendre des biens via Internet. » Et il sait qu’Internet est en train de révolutionner les choses. Et ce grand patron à l’époque nous avait dit à Rafi et à moi : « C’est du web, allez voir le webmaster. »

A l’époque, ce n’était pas faux. Aujourd’hui, ma vision c’est exactement la même chose avec l’internet des objets. La révolution est encore plus grande, plus forte. Si j’avais un message à passer, c’est quel que soit votre domaine, quel que soit votre industrie ne dites pas : « c’est juste une technologie ». Ça va changer votre métier de demain. Prenez bien ça en compte. Je serais bien voyant en vous disant « voilà ce qui va se passer », ce qui est certain c’est que cela va bien changer le métier de chacun.

« L’IoT est une opportunité pour ceux qui vont prendre le train tout de suite. Ceux qui vont le louper, auront du mal à le rattraper. »

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Voici ma vison de l’Internet des Objets de demain : dans quelques années, nous serons couverts d’objets connectés. On ne se posera plus la question ! Un volume très important de données sera récolté. Pour moi, la vraie création de valeur réside dans la façon d’exploiter ces données. Si nous prenons l’exemple de Google, les activités de cette société se sont multipliées. Mais la vraie valeur de Google est avant tout le traitement de la données et la recommandation associée soit en terme de recherche, d’achat ou de publicité. Et demain, ce sera pareil pour l’Internet des Objets. Il y aura des objets connectés partout mais les gens qui gagneront seront ceux qui seront capables de créer de l’intelligence à partir des données collectées. Une intelligence dans différents domaines. Tous les domaines vont être impactés : le domaine de la logistique, de l’énergie, du parking. Vraiment tous les domaines !
Il est donc nécessaire de s’y préparer maintenant pour faire partie de cette nouvelle révolution !

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