Interview de Philippe Lopes Pinto, fondateur de Stargazers.Space

Interview de Philippe Lopes Pinto, fondateur de Stargazers.Space

"Plus que des télescopes connectés, il s’agit d’un véritable réseau d’observatoires connectés !

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Philippe-Lopes-Pinto_faceSociété : Stargazers.Space
Nom : Philippe Lopes Pinto
Fonction : Founder & Chief Executive

 

Philippe Lopes Pinto est issu d’un parcours scientifique avec une maîtrise en physique fondamentale. Il a rapidement intégré le secteur de l’informatique et a travaillé pour diverses sociétés en combinant ses compétences pour ainsi contribuer au développement de solutions techniques. La dernière en date est la société Pickup Services – membre du groupe La Poste – où il lui a été confié le développement des solutions qui équipent les points relais sur les PDA (un réseau de 25 000 points relais à travers l’Europe). En 2016, il fonde la start-up Stargazers.Space, spécialisée dans l’astronomie.

Web des Objets a rencontré Philippe Lopes Pinto pour en savoir plus sur la société Stargazers.Space et découvrir sa solution Stargazers App pour transformer un smartphone en télescope connecté.

1. Présentez-nous votre société Stargazers.Space ?

Philippe Lopes Pinto : Stargazers.Space est une société française fondée en 2016. Elle est tournée vers l’astronomie, l’exploration et l’éducation. Elle est composée de 4 membres fondateurs ayant la volonté commune d’utiliser leurs compétences personnelles et professionnelles, ainsi que leur appétence pour les nouvelles technologies pour pousser toujours plus loin leur accès auprès du grand public.
Nous voulons créer des outils qui rendent l’accès à l’astrophotographie simple d’utilisation pour les particuliers mais aussi offrir de nouvelles perspectives pour les amateurs et les clubs d’astronomie. Cela leur permettra d’enrichir leurs séances ou animations et les aidera à diffuser leur savoir, non seulement sur l’astronomie, mais aussi sur l’ensemble des métiers qui tournent autour de l’observation.
Concrètement, nous nous engageons à offrir une heure par site par jour à une école, une association d’astronomie ou une personne faisant une présentation publique, non rémunérée et à caractère éducatif.

stargazers-logo

2. Vous lancez l’application Stargazers App permettant d’observer le ciel à partir de son smartphone. Comment vous est venue l’idée de créer un télescope connecté ?

Philippe Lopes Pinto : Plus que des télescopes connectés, il s’agit d’un véritable réseau d’observatoires connectés !
Il y a un peu plus de trois ans maintenant, des amis sont venus déjeuner un week-end. Je disposais alors d’un télescope de 250 mm de diamètre. Leur fille de 5 ans m’a demandé ce que c’était et, quand je lui ai dit que c’était pour voir les étoiles, elle a voulu l’utiliser. Evidemment, en pleine journée ce n’était pas possible. En fait, cela s’est montré très difficile. Il y avait toujours un obstacle : son heure du couché, celui du soleil, les températures extérieures sans compter la météorologie très capricieuse.
Initialement, j’ai voulu me construire un télescope connecté pour le piloter de l’intérieur mais cela ne résolvait pas le problème des horaires. De fil en aiguille, en discutant avec d’autre personnes et en consultant les forums d’astronomie, j’ai eu l’idée de ces observatoires pourraient être pilotés avec des tablettes et dont l’électronique locale assisterait au pilotage pour en simplifier l’usage.

3. Quelles sont les principales caractéristiques de votre appareil ?

Philippe Lopes Pinto : La toute première est la simplicité offerte pour se déplacer dans la voûte céleste pour prendre des photos. On clique sur une carte ou sur une des planètes visibles depuis l’observatoire et le dispositif complet se déplace pour pointer la cible choisie et la poursuivre automatiquement en compensant la rotation de la terre.
Le direct aussi est une caractéristique fondamentale de notre solution. L’utilisateur est réellement aux commandes et les cameras lui offre un rendu, en temps réel, de ce qui se passe. Il peut alors ajuster ses observations en conséquence.
Le ciel n’est pas l’unique retour offert au pilote. Des caméras extérieures offrent une vision de l’environnement direct. Ce qui nous amène au fait que ces observatoires sont situés dans des endroits reculés et répartis à travers le monde pour couvrir les deux hémisphères et plusieurs fuseaux horaires.
Enfin, en matière d’astronomie, ce ne sont pas moins de 3 dispositifs optiques qui pointent vers le ciel. Chacun est équipé de caméras de grande qualité conçues spécifiquement pour l’astrophotographie. Ces dispositifs vont du chercheur de 50 mm de diamètre pour un grand angle de vue et un faible grossissement jusqu’à un télescope de 305 mm de diamètre pour une observation plus ciblée en passant par une lunette de 80 mm pour une vision intermédiaire d’une grande clarté.

stargazers-space

4. A qui cette solution est-elle destinée ?

Philippe Lopes Pinto : Le premier public visé est le grand public sans connaissance particulière. Il s’agit de lui permettre de découvrir par lui-même l’astrophotographie et l’astronomie. Toutefois, compte tenu de la qualité du matériel, de la disposition des sites, et de la simplicité d’utilisation, les clubs d’astronomie, les astronomes amateurs et les enseignants y trouveront leur compte.
Il sera, par exemple, très facile d’utiliser nos observatoires pour montrer la voie lactée dans son ensemble en partant de l’hémisphère nord et en allant vers l’hémisphère sud.

5. Quels sont les principaux avantages de votre dispositif ?

Philippe Lopes Pinto : Premièrement, s’initier et observer le ciel avec du matériel de très bonne qualité simplement et sans se ruiner. De plus, le matériel choisi, bien qu’étant haut de gamme, reste accessible au grand public. On peut alors, par exemple, se rendre compte concrètement de la qualité de ces dispositifs avant d’envisager un achat similaire à titre personnel.
Pour ce qui est de l’usage, on se rapproche d’un appareil photo moderne ou beaucoup de réglages sont pris en charge par le système. On indique à l’observatoire ce que l’on veut faire plutôt que de se concentrer sur les réglages. La tablette est un dispositif tactile très intuitif et adapté à cet usage.
Toutefois, les plus expérimentés pourront utiliser le mode avancé pour obtenir des effets lors de leur prise de vue, en se passant des suggestions du système.
La météo, la pollution lumineuse et les distances deviennent moins problématiques pour l’observation. Prendre le contrôle d’un observatoire au Chili ou en Australie se fait à la belle saison dans l’hémisphère sud, quand en France nous sommes en plein hiver.

La Team Stargazers
La Team Stargazers : Marc Vittupier, Anthony Chollet, Philippe Lopes Pinto et Samir Ghouti-Terki

6. Quelles sont vos priorités sur les 12 à 24 mois ?

Philippe Lopes Pinto : Notre priorité est de construire notre réseau et répondre aux attentes de nos utilisateurs. Sur terre, il n’existe pas un coin de terrain qui soit en libre accès. La première étape est donc d’obtenir les autorisations avant d’envisager une installation. A ce jour, nous avons obtenu les autorisations pour l’Australie, le Chili, le Kazakhstan.
En France, la mairie de Saint Véran nous a donné son accord pour une installation sur le site de l’observatoire mais nous attendons le retour de l’association qui le gère. Nous avons donc fait 50% du chemin.
Notre cible sur 24 à 36 mois est d’avoir 10 sites dans le monde ; 5 dans chaque hémisphère et répartis sur les fuseaux horaires pour une observation continue. Nous continuons donc sur la partie administrative. Scopedome.net, notre partenaire pour la construction des sites est très actif dans l’aide qu’il nous apporte à ce stade.
Du coté logiciel, les tablettes Apple seront notre première plate-forme. Nous interrogeons actuellement notre communauté sur la pertinence d’une version Android au lancement. Le PC, les consoles de salons et autres dispositifs suivront dans les 12 mois. Il reste à déterminer les priorités grâce à notre communauté.

7. Quelle est votre vision des objets connectés ?

Philippe Lopes Pinto : Cela peut porter à débat, mais de mon point de vue et à ce jour, les objets connectés sur le domaine du grand public se confinent à de multiples petits dispositifs et quelques projets tendent à les unir dans un écosystème pour en faciliter l’usage. On donne ainsi un sens à tous ces objets connectés. C’est ainsi que je vois le cas de la maison connectée.
De notre côté, nous avons adoptés la démarche inverse. L’observatoire, son matériel, ses annexes extérieures jusqu’à ce jour étaient gérés de façon atomique par ceux qui en avaient les moyens grâce à plusieurs logiciels sur un PC. Nous sommes donc partis du sens qui était donné à cet ensemble : l’observation astronomique et nous avons construit une application qui masque toute la complexité dans l’usage. On ne voit plus dans notre description le dôme de trois mètres qui tourne, la station météo qui surveille les conditions météos, les capteurs, les caméras, les montures, panneaux solaires, satellites pour la communication, Microsoft Azure pour l’épine dorsale. Tous ces éléments ne forment plus qu’un objet au travers de l’application.

Je pense que le sens ou les fonctions vont de plus en plus prendre le pas sur la technique qui va se cacher. C’est ce qui fera fondre les objets connectés dans le quotidien. C’est déjà en cours. Nous ne faisons que suivre ce mouvement, et c’est très bien ainsi !

Merci à Philippe Lopes Pinto pour cette interview.

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