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Depuis 2015, le géant d’internet Google a fusionné toutes ses filiales sous une seule et même société nommée Alphabet. Ce grand groupe leader du numérique gère donc une dizaine d’entreprises, chacune spécialisée dans un domaine spécifique. Chacun connaît Google pour ses services de moteur de recherche, messagerie, vidéos et autre store d’applications mobiles. Aujourd’hui la société est un acteur déterminant de la santé. Deux de ses filiales, Verily et Calico sont chargées de faire avancer la recherche sur les questions médicales et d’apporter des solutions. Ce travail est effectué avec des médecins, des chercheurs, des développeurs web ou encore des ingénieurs. Aujourd’hui, Google s’associe à de nombreux groupes pharmaceutiques dans des projets mêlant les biotechnologies et la santé.

La technologie au service de la santé avec Verily

verily google

Verily est la filiale de Google qui est consacrée aux projets dans le domaine de la santé et de la recherche médicale. Cette entité a succédé à Google Life Sciences après la refonte du groupe Alphabet. Sa mission principale est de perfectionner la prévention des maladies en développant des technologies exploitables par le corps médical. De nombreux projets émanent de cette entité, notamment sur la prévention et le traitement du diabète. Plusieurs laboratoires pharmaceutiques travaillent avec le groupe Alphabet pour développer des solutions de santé. En partenariat avec ces grandes sociétés, Google finance la recherche et le développement de technologies de pointe.

Entre 2014 et 2015, la filiale a développé 3 projets avec des laboratoires pharmaceutiques autour du diabète, maladie qui touche plus de 422 millions de personnes dans le monde. Le premier consistait à élaborer des lentilles de contact connectées mesurant le taux de glycémie grâce à des capteurs miniatures sur les yeux. Cet appareil développé de paire avec Alcon, la filiale consacrée à l’ophtalmologie du groupe Novartis, capte la présence de glucose dans les larmes pour les transmettre à un ordinateur. Des projets connexes font écho à cette nanotechnologie concernant le diabète. Le laboratoire Dexcom contribue à créer un capteur de glycémie en temps réel de la taille d’un pansement. En s’associant avec Sanofi, le géant technologique a créé Onduo, une co-entreprise qui développe des projets innovants de lutte contre le diabète comme, tenez-vous bien… des lentilles connectées. Google met ses partenaires en concurrence pour faire avancer la recherche et obtenir des résultats avant toute autre entreprise. L’idée étant probablement d’obtenir l’exclusivité sur la mise au point et la commercialisation de ces technologies, il est important que Verily utilise tous les leviers qui sont à sa disposition pour aboutir le plus rapidement possible à des résultats exploitables.

onduo

Dans d’autres registres, la technologie peut apporter de nombreuses solutions pour notre santé. Entre autres projets, Alphabet (ou Google) accentue la recherche sur les robots chirurgicaux. C’est avec Thicon, filiale du groupe pharmaceutique Johnson & Johnson, que ces projets évoluent. La co-fondation de l’entreprise Verb Surgical a pour vocation de concevoir des robots pouvant assister le chirurgien dans ses opérations. La firme investit également dans la biotechnologie avec un projet commun au groupe pharmaceutique GlaxoSmithKline : le développement de médicaments bioélectroniques. Ces médicaments visent à modifier l’influx nerveux par des impulsions électriques émises par de microscopiques dispositifs afin de traiter des maladies chroniques. GSK étant leader dans le domaine de la bioélectronique, c’est un allié de taille permettant à la holding Alphabet de s’imposer dans ce secteur.

Verb Surgical

Des investissements massifs pour un impact maximum

Avec les besoins grandissants de traiter les multiples pathologies médicales des populations du monde, beaucoup d’entreprises cherchent à apporter des solutions. Des centaines de startups se créent pour apporter des solutions ciblées à des problèmes de santé spécifiques. Le point commun à toutes ces entreprises rachetées par le fond d’investissement GV (anciennement Google Venture) réside dans le fait qu’elles cherchent toutes à traiter des pathologies ou des questions de santé touchant une part importante de la population mondiale. GV a investi plus de 2 milliards de dollars dans plus de 300 entreprises novatrices dans les technologies, et plus d’une vingtaine sont spécialisées dans la santé. Afin d’être le premier dans tous les domaines, Google place ses pions là où naissent les nouvelles idées touchant le monde entier. Parmi les startups de la santé dans lesquelles le géant du numérique a investi, on peut remarquer 23 and Me spécialisée dans les tests ADN. Grail, Armo Biosciences ou Foundation Medicine travaillent sur le dépistage et le traitement des cancers. Des solutions pour la vente et la distribution de médicaments sont également étudiées avec par exemple Zephir Health, TinyRX ou encore Oration. Le géant voit très large pour toucher aux problématiques de santé, et les travaux de toutes ses filiales entrent en résonance. C’est le cas avec le rachat de Lift Labs, entreprise qui a mis au point une cuillère pour personnes atteintes de maladies neurodégénératives, notamment Parkinson. C’est la division Verily (anciennement Life Sciences) hébergée par le centre de recherche Google X qui, en 2014, absorbe ce projet. Lift Labs a développé “Liftware”, un appareil d’alimentation détectant les mouvements capables de se maintenir horizontal malgré les tremblements de l’utilisateur. L’entreprise à l’origine de cette invention dispose désormais de moyens importants mis à sa disposition pour développer son produit à grande échelle et en faire bénéficier le plus grand nombre de personnes souffrant de troubles des mouvements. Ce rachat est un moyen supplémentaire pour la multinationale de se positionner dans les domaines de la biotechnologie et des sciences médicales.

GV - Google Venture

Malgré les apparences, le groupe Alphabet ne fait pas qu’investir dans ces projets. C’est en effet une grande part de son activité, mais des professionnels de nombreux horizons prennent part aux travaux réalisés entre les filiales de Google et ses partenaires. Des experts médicaux aux ingénieurs en nanotechnologies en passant par les chimistes, biologistes ou professeurs d’économie et psychologie, toutes les compétences les plus pointues sont regroupées pour tirer le meilleur des partenariats.

De la création d’interfaces à la récolte de datas médicales

Dans le but de s’assurer une emprise complète dans le domaine de la santé, Google finance également une startup de l’assurance santé aux Etats-Unis. Grâce à ce partenariat avec Oscar Health, le groupe marque une incursion sur le marché des financeurs du système de soins. L’assurance présente dans les Etats de New York, du New Jersey, du Texas et de la Californie propose une interface très complète pour accompagner le patient dans son parcours de soins. Avec des conseils médicaux, un moteur de recherche sur la santé ou encore un enregistrement de l’historique des soins, des ordonnances et des résultats d’analyse, l’interface donne à l’entreprise de nombreuses informations précieuses permettant de vendre des produits spécifiquement adaptés aux patients. Cette mine d’or de datas de santé pour Google est une motivation supplémentaire d’investir dans la santé. Ce pied mis dans le parcours de soins est un pas en avant vers la médecine prédictive. Avec les différents services proposés par l’assurance santé, le leitmotiv est de “prévenir pour mieux guérir”. On s’approche de très près de l’exploitation des données médicales pour commercialiser des produits et services.

Oscar Health

Dans la veine des interfaces visant à améliorer l’état de santé parallèlement à la fidélisation à une marque, une entreprise ou un produit, des applications sont également développées. C’est le cas de l’application santé axée sur le fitness “Google Fit” couplée aux trackers “Android Wear” permettant de fournir des données aux professionnels de santé sur les patients. Ces trackers prennent la forme de bracelets connectés, ou smartwatch, que l’on peut choisir parmi une large gamme de marques, ayant notamment pour fonction de relever la fréquence cardiaque, le niveau d’activité et la température de la peau, ainsi que des données environnementales complémentaires comme l’exposition à la lumière et au bruit. L’interface de Google se veut ludique et agréable à utiliser, tout en récoltant de nombreuses données liées à la santé. Un des angles de développement d’Android Wear est de faire certifier comme dispositif médical les trackers afin de pouvoir les prescrire à des patients ayant besoin d’un suivi à distance ou les utiliser dans le cadre d’essais cliniques afin de fournir des données exactes en temps réel aux chercheurs.

Google Fit

À travers le développement de ces dispositifs, Google s’impose comme la plus grande source de data au monde. Le géant développe un maillage permettant de centraliser un maximum de données et être la référence de la Big Data de santé.

Calico, en marche vers la vie éternelle ?

calico

Ce scénario tout droit sorti des grands films de science-fiction est en train de devenir le fer de lance de cette filiale. Calico (CAlifornia LIfe COmpany), créée en septembre 2013, est spécialisée dans la lutte contre le vieillissement. À travers ce grand projet de repousser la mort, Google répond à tous les mégalomanes de la planète dont le souhait est de vivre le plus longtemps possible sur notre planète. « Tuer la mort » est donc un objectif que la multinationale propose de vendre aux plus offrants et aux plus fous. Un partenariat avec AncestryDNA signé en juillet 2015, entreprise spécialisée dans la généalogie génétique commercialisant des tests ADN, donne à Calico l’accès aux données de ses clients pour analyser les liens entre génétique et longévité. L’analyse et la maîtrise du génome humain est une des voies dans lesquelles le département s’est engagé.

En dehors des paris insensés pour repousser la mort par narcissisme, des études sur des pathologies sont menées avec cette filiale d’Alphabet. La filiale nourrit des ambitions médicales de soins des personnes souffrant de maladies causant ou causées par un vieillissement accéléré. Le partenariat avec le Buck Institute établi en avril 2015 est le dernier en date qui soutient la recherche sur les maladies du vieillissement et dégénératives. De nombreuses pathologies telles que des cancers ou des maladies touchant le cerveau pourront bénéficier des résultats des recherches issues de ce partenariat. A travers ce département, il apparaît clairement que la volonté du groupe est de développer les dispositifs tendant vers de la médecine prédictive. Mieux vaut prévenir que guérir selon l’adage, et Google s’applique particulièrement à le suivre à la lettre. 

Le géant à la conquête des marchés les plus lucratifs

Google se positionne sur les secteurs qui touchent absolument tout le monde. Pour exemple, le moteur de recherche fait office d’encyclopédie universelle donnant accès à toutes les informations que l’on peut chercher. La raison première pour laquelle Google s’attaque à la santé, c’est de devenir leader dans ce domaine en se rendant indispensable à tous ses acteurs. Qui peut aujourd’hui prétendre ne pas avoir besoin de Google, que ce soit pour stocker des données, utiliser la messagerie sur internet, ou simplement faire des recherches sur n’importe quel sujet dans le monde ? L’entreprise pourrait mettre à profit une immense base de données sur les patients. Mais se poserait alors la question du droit d’accès à toutes ces informations. L’entreprise pourrait-elle avoir le monopole de la data et de l’information ? Va-t-elle trop loin dans son emprise sur notre quotidien ? Certains se méfient de cette multinationale et cherche de plus en plus à protéger leurs données en utilisant des interfaces comme le moteur de recherche Qwant en France. Mais les moyens de Google sont tellement énormes et les services proposés si variés qu’il est difficile de rivaliser avec un tel mastodonte, surtout sur les technologies de santé qui demandent des compétences de pointe. La plupart des usagers du digital sont en quelque sorte dépendants de Google, et les innovations de santé risquent de les rendre encore plus accros. On se souvient de la tentative de Google de centraliser tous les dossiers médicaux des citoyens des Etats-Unis sous le programme « Google Health ». Le système ouvert en 2008 avait pour objectif de simplifier le parcours médical des patients. Il présentait toutefois un risque certain quant à la neutralité de la firme sur la manière dont les données auraient pu être traitées. La très faible utilisation du service découlant probablement des sérieuses questions éthiques qu’il posait a conduit à sa fermeture définitive début 2013. Alphabet ne renonce toutefois pas à exploiter autant que possible toutes ses bases de données en les croisant, en les analysant ou en les vendant. A travers le partenariat avec l’assurance santé Oscar Health ou des programmes tels que Google Fit, le géant américain renoue avec le stockage et le traitement des données de santé des patients.

Google est une immense machine à fabriquer des premiers de la classe. Comme indiqué dans plusieurs de leurs communiqués de presse, la volonté du groupe Alphabet est de se positionner en premier sur les résultats de recherches, innovations et autres brevets. « Calico peut obtenir les droits exclusifs sur les découvertes réalisées par la recherche qu’elle soutient ». L’entreprise tentaculaire pourrait ainsi devenir absolument incontournable dans ce domaine qui concerne tout individu sur Terre : la santé. Que l’on se méfie ou non, son emprise sur notre manière de concevoir notre vie est aujourd’hui incontestable. Il ne reste plus qu’à espérer que le business ne prenne pas le pas sur la santé, et que les instances de réglementation arrivent à cadrer suffisamment ces technologies pour qu’il n’y ait pas de dérives.

Sources :

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